Présentation des interventions

Des interventions régulières ou ponctuelles sont organisées pour des équipes ou pour l’ensemble du personnel d’une institution.

L’objectif de ces interventions est déterminé au cours de contacts préalables, sur place, entre un analyste et les personnes concernées.

Les institutions sociales, qu’il s’agisse d’institutions de soins, d’éducation ou accueillant des personnes en difficulté, sont fréquemment le lieu de tensions, de crises, voire de souffrances, qui ressortissent de nombreuses causes possibles : des pathologies qui s’expriment davantage aujourd’hui que jadis par le passage à l’acte et la violence, de la perte de référents sociaux sécurisants et du nivellement des théories, de la crise de « gouvernance » qui affecte les cadres, ou encore des exigences économiques qui induisent des procédures d’évaluation en quête de rentabilité, etc.

Les personnels y sont soumis à des aspirations contradictoires, à des conflits de places et d’identité professionnelle, ce qui génère des vécus de malaise et d’incompréhension, des sentiments d’impuissance, d’inefficacité et de culpabilité, voire de l’angoisse ou des déséquilibres individuels. Il en résulte évidemment une moindre efficience : trop absorbées à contenir leurs difficultés internes les équipes perdent une part de l’énergie dévolue normalement au soin ou à l’aide des usagers dont elles ont la charge.

Un travail d’analyse institutionnelle peut être proposé à toute équipe qui, dans l’incapacité d’accompagner l’évolution ou de dépasser la crise, en fera la demande. Cette demande peut être portée par un cadre, elle peut être provoquée par un évènement traumatique, ou par la confrontation à une obligation de changement… Dans tous les cas, la réponse initiale sera la proposition d’une rencontre entre un membre de l’Institut Français d’Analyse de Groupe et de Psychodrame et l’ensemble des personnels concernés, y compris les représentants de la hiérarchie.

Cette réunion exploratoire est fondamentale. Elle permet de faire un état aussi précis que possible de la situation et de la demande, le diagnostic de l’institution et de ses difficultés en quelque sorte. Réunir les personnes avec lesquelles le travail pourrait être engagé, pose d’emblée un cadre groupal pour ce travail. Chacun est invité à exprimer là son malaise, ses aspirations, ses attentes, ses réserves éventuelles, sa propre compréhension des difficultés de l’équipe, avec l’aide de l’intervenant pressenti et devant les autres qui sont non seulement ses pairs, mais aussi ses « supérieurs » et des professionnels occupant d’autres fonctions.

Au terme de cette rencontre initiale, les modalités d’une intervention sont proposées, soit immédiatement, soit dans un second temps, afin de permettre à l’équipe de choisir et de se déterminer par rapport à cette proposition.

Le cadre d’un travail institutionnel peut, schématiquement, se décrire selon deux dispositifs distincts : la régulation d’équipe ou l’analyse des pratiques.

La régulation d’équipe

La régulation d’équipe un travail institutionnel spécifique. Le cadre est précisément posé par l’intervenant : fréquence, durée des séances, coût, participants, participation libre ou obligatoire, présence des personnels d’encadrement, etc.

Le projet peut s’énoncer ainsi : comprendre le fonctionnement institutionnel, en s’appuyant sur le travail du groupe et à partir de récits d’incidents liés aux difficultés rencontrées dans l’exercice des tâches. Il s’agit de saisir les moments, soit de conflits, soit d’oppositions non clarifiées, pour passer à l’analyse de ceux-ci. Se poseront alors de nombreuses questions : sur les valeurs et l’idéologie de l’institution, sur son histoire et sa fondation, ses règles implicites de fonctionnement, les modes de communication, la qualité des modes de transmission et de concertation, etc., et sur les rapports entre les problèmes de l’équipe et la pathologie des patients.

Dans un climat de sécurité lié au dispositif mis en œuvre, chacun est invité à exprimer les difficultés ressenties dans sa fonction, aussi spontanément et librement que possible, ce qui favorise un travail sur les associations et résonances. Le groupe est alors un lieu de parole et d’analyse, en présence des cadres hiérarchiques, mais non un espace de décision, ce qui en ferait une réunion institutionnelle comme les autres… Par ailleurs, bien que s’agissant d’un travail de groupe, la régulation institutionnelle n’est pas cependant une analyse de groupe, puisqu’elle ne vise pas le changement individuel des personnes mais un meilleur fonctionnement de l’institution. Elle peut néanmoins avoir des effets « de surcroît » sur les individus, mais qui ne seront pas traités explicitement dans ce cadre.

L’écoute de l’intervenant est bien d’ordre groupal et psychanalytique, visant l’implicite, le latent, la circulation fantasmatique, les mécanismes défensifs, projections, dénis… Mais elle est aussi d’ordre psychosociologique, puisqu’elle ne peut ignorer les éléments de réalité qui influencent l’institution.

Le travail de régulation d’équipe doit rester contractuel, pour un temps limité éventuellement renouvelable ; s’il s’installait sans que sa fonction et sa durée ne soient questionnées, il se confondrait avec les autres groupes de l’institution et y perdrait son sens.

L’analyse des pratiques

L’analyse des pratiques au sein même de l’institution vise une réflexion partagée par les différents professionnels sur leurs activités cliniques dans l’établissement. Chaque participant y est engagé et questionné à titre personnel, puisqu’il s’agit surtout de travailler sur les difficultés rencontrées par les praticiens (difficultés relationnelles, difficultés techniques, processus de transfert et de contre-transfert à l’œuvre dans les relations thérapeutiques ou éducatives).

Si le fonctionnement de l’institution n’est pas ici directement concerné, il ne peut cependant être tout à fait exclu puisqu’il agit en toile de fond du soin, comme contenant des groupes institutionnels et thérapeutiques. La participation des cadres n’y est parfois pas souhaitée, car elle pourrait gêner la libre expression des participants.

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